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28 Février   -   Les blogs Qobuz

Boulez, Chirac et Stravinsky – Les résidents Singer-Polignac – Le regard du Maître – Pollini, Argerich, Brendel – Les concours 2011

En 1955, quand l’œuvre fut créée à Baden-Baden (et reprise, l’année suivante, au cours de la saison du Domaine musical), des musiciens chevronnés eurent bien du mérite de décrypter, et d’interpréter au mieux après de longues et délicates répétitions le Marteau sans Maître - ce Marteau, œuvre-phare de Pierre Boulez, devenue emblématique d’une certaine modernité, à tel point que le président Chirac avoua un jour combien il en appréciait les sonorités… Trente ans auparavant, Stravinsky avait écrit : « Il se passera encore longtemps avant que la valeur du Marteau sans Maître soit reconnue » et « Moi, j’aime écouter Boulez. » Dire que le Marteau sans Maître est devenue une œuvre « grand public » serait excessif, mais les interprètes, et pas seulement ceux de l’Ensemble Intercontemporain, s’approprient aujourd’hui, sans trop de difficultés apparentes, ce nouveau langage. Il aura fallu quelques décennies… La preuve vient d’en être donnée par Le Balcon, ensemble de jeunes musiciens invités dans le cadre d’une résidence par la Fondation Singer-Polignac. Lieu d’accueil historique, si l’on peut dire, tant de brillantes créations ayant été présentées jadis dans les magnifiques salons de l’avenue Georges Mandel. A quatre-vingts ans de distance, le mécénat, toujours actif au bon moment… Humour et fermeté Donc, avec la participation de la mezzo-soprano Isabel Soccoja, les résidents se sont attaqués au Marteau, et ils ont eu l’extrême privilège de recevoir les avis et conseils de Pierre Boulez, venu tout spécialement de sa résidence de Baden-Baden. Assister à une « master-class » de Boulez est un grand moment ; avec humour mais fermeté, il délivre son mode d’emploi ; il fait reprendre une fois, deux fois, trois fois s’il le faut le même passage, et cet enchevêtrement de notes devient limpide. Pas de technique, seulement l’évidence. Boulez est le plus pragmatique des pédagogues, et je conserve personnellement de grands souvenirs des cours de direction d’orchestre, très directifs, qu’il fit en 1988 pour le Centre Acanthes dans une petite chapelle de Villeneuve-lez-Avignon qui jouxte la Chartreuse. Il suffit de faire ce qu’il dit, pas toujours facile. Mardi dernier, les musiciens du Balcon ont fidèlement suivi les recommandations de l’auteur, sous la direction de Michel Pascal, jeune chef de grand talent, nullement impressionné par le regard du Maître. Dans cinquante ans, lorsqu’un nouveau président de la République dira son amour pour le Marteau, quelques musiciens alors chevronnés murmureront : « J’étais là, lorsque Boulez nous prit aimablement par la main »… Pierre Boulez, devant les stagiaires d’Acanthes (et l’objectif de Guy Vivien) en 1988, indique le bon geste… Un sport très français Le mois dernier, c’est avec une certaine stupéfaction que j’ai lu dans L’Express sous la signature de Mariella Righini, à propos du Concours Chopin de Varsovie : « Pourquoi les meilleurs ne gagnent-ils jamais les concours ? » Avant d’écrire, mieux vaut se renseigner… Ce prestigieux Concours Chopin ayant tout de même couronné Maurizio Pollini en 1960, Martha Argerich en 1965, Krystian Zimerman en 1975, pour ne mentionner que les plus célèbres. Mais dénigrer les concours de musique est un sport très français : on peut faire carrière sans passer un concours (mais oui, naturellement), les jurés laissent parfois passer un grand talent – sans doute et c’est ainsi qu’en 1953, le jury du Concours Marguerite Long, (pauvre concours, si malmené aujourd’hui) n’admit même pas Alfred Brendel à la deuxième épreuve ! J’entends dire aussi que les résultats sont truqués, que les jurés favorisent leurs propres élèves, qu’une très mauvaise note permet de couler l’adversaire le plus dangereux, etc. Puis-je dire qu’ayant organisé une quarantaine de concours avec quelques illustres personnalités dont Olivier Messiaen, Rostropovitch, Jean-Pierre Rampal, et récemment encore avec Martial Solal, je n’ai jamais constaté de conduite répréhensible ? Puis-je ajouter que le tableau d’honneur de ces compétitions, consultable sur le site www.civp.com est éloquent, même si l’oiseau rare n’est pas au rendez-vous chaque année… Mais répandre l’idée que les « meilleurs ne gagnent jamais les concours » (peut-être une consolation pour les perdants), est un mauvais coup à l’égard de jeunes interprètes tendus vers l’exigence, habités par la musique qu’ils ont mission de transmettre, et courageux aussi, car c’est un rude chemin que de se présenter à un concours international… Alfred Brendel, encore perplexe : « Pourquoi ai-je été recalé au Long-Thibaud ? »(Ph. X) Une information pour conclure : malgré la dureté des temps, les Concours internationaux de la Ville de Paris seront présents dans le calendrier 2011 : Concours de harpe Lily Laskine en octobre, Concours de lutherie et d’archèterie Etienne Vatelot en novembre. Un conseil, enfin : dénichez les trois livres de Gustav Alink, International Piano Competitions où tout est dit sur les concours de piano, y compris la liste des jurés et des candidats (de 1890 à nos jours !). C’est là que vous repérerez le nom des malheureux virtuoses qui accompagnèrent Alfred Brendel en 1953 dans sa (brève) descente aux enfers, et qui, pour la plupart, ne s’en relevèrent pas… Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue Diapason de mars : « Ce jour-là : 18 mai 1911 » Aucun commentaire


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